samedi 8 septembre 2007

Drugs



Je ne la baiserai pas, je lui ferai l’amour. C’est la première chose que je me suis dite lorsque je l’ai vue dans ce bar, dansant frénétiquement. J’ai fixé une goutte de sueur, apparue subitement de l’envers de sa mèche châtain qui recouvrait une large partie de son front, cette goutte coulait le long de son œil, puis de sa joue, détruisant encore un peu plus ce qui lui restait de maquillage, avant de descendre jusqu’au côté droit de sa mâchoire, elle resta suspendue quelques secondes, des secondes interminables pendant lesquelles le temps semblait s’être arrêté, enfin cette goutte lourde, acide, alla s’écraser sur le sol entre ses deux escarpins, devant mes pieds.
Elle dansait comme si c’était la seule chose qu’elle pouvait faire pour tenter de se sauver, son unique chance avant la fin, s’envoler, planer.

Je la regardais encore, immobile, elle restait les yeux fermés, elle dansait. Puis la chanson s’est terminée, elle a ouvert les yeux, je lui ai dit « Be my friend », elle m’a pris la main. A nouveau, elle ferma les yeux, reprenant de plus belle son fascinant manège tout en m’agrippant solidement. J’étais toujours immobile, je la sentais partir, elle voulait que je m’évade en sa compagnie, que je voyage dans ses pensées, que je pénètre ses rêves. A mon tour j’ai fermé les yeux et me suis laissé emporter. Nous nous envolâmes quelque part entre Tokyo et Rio, entre Paris et Nairobi, entre Doha et Atlanta. Je me rapprochai d’elle et sentit la chaleur de Casablanca, puis vint un frisson, typiquement londonien. Elle m’avait embrassé.
J’ouvris subitement les yeux et à peine eus-je le temps de réaliser que déjà, elle me mena vers la sortie. J’étais ailleurs, nous étions seuls, elle me traînait au milieu de ces gens qui me semblaient désormais tellement insignifiants. Nous finîmes par arriver près de la porte, elle alla récupérer un sac marron en cuir, un peu usé, ainsi qu’une petite veste noire, quant à moi j’enfilai mon caban sans vraiment me rendre compte de ce qu’il se passait.

Nous déambulâmes dans les rues de Paris, il était deux heures du matin, ou cinq heures peut-être, je ne savais pas, je ne savais plus. Elle me parlait d’elle, je ne l’écoutais pas, obnubilé par ses yeux, oscillants entre le vert et le marron. Tout ce que je retins c’est qu’elle s’appelait Kelly et qu’elle aimait regarder les étoiles. Nous finîmes par arriver chez elle, quelque part dans le 11ème arrondissement de Paris, devant un immeuble sous lequel un fast-food avait élu domicile. Elle me proposa de monter, j’acceptai.
Elle vivait au cinquième et dernier étage, il n’y avait pas d’ascenseur. Pendant l’ascension des escaliers elle m’expliqua qu’elle vivait seule avec sa mère de quarante six ans, journaliste à L’Express, et que la vie de journaliste, ce n’était pas toujours facile. Ca ne m’intéressait pas, rien ne m’intéressait, excepté elle, Kelly. Nous entrâmes, seule une petite lampe de table était restée allumée, me laissant dévorer des yeux le petit appartement où vivait cette inconnue que je venais de rencontrer. Je découvris une cuisine américaine donnant sur le salon et trois portes, dont deux closes. « Au fond à droite c’est la salle de bain, la deuxième porte à gauche, celle qui est ouverte, c’est ma chambre et la première celle de ma mère, ne fait pas trop de bruit, elle doit dormir à une heure pareille » m’expliqua-t-elle avant même que je n’eusse le temps de lui poser la question. Nous discutâmes autour d’un dernier verre pendant au moins une heure. Les reflets de sa peau blanche éclairaient la pièce. Je regardai ses mains, des mains qui semblaient à la fois fragiles et puissantes, des mains grâces auxquelles j’avais fait le tour du monde en quelques secondes un peu plus tôt dans la nuit. Des mains qui faisaient tournoyer le verre sur la table, en caressaient les flancs, pour enfin le porter à sa bouche, sur laquelle un semblant de maquillage demeurait visible. Une bouche dont la brise m’effleura à nouveau les lèvres. Elle finit par s’endormir, la tête posée sur mes genoux. Je lui caressai une dernière fois la joue droite et m’éclipsai. Ce soir-là, je ne lui fis pas l’amour.


A écouter :
  • Darkel - Be My Friend

A Mongolian dream



Je suis seul devant cette feuille blanche, je regarde à travers ma fenêtre, j’observe cette gigantesque étendue emplie de béton. Je pense à toutes ces personnes, définitivement anonymes. Je pense à toutes ces vies, tellement différentes. Je pense à tous ces rêves. Je pense aux miens, de rêves.

Je rêve de m’évader, là, maintenant, loin, en Islande, au Chili, en Finlande, en Mongolie. Oui ça c’est parfait, je suis désormais officiellement amoureux de ce pays : la Mongolie.

Je me surprends moi-même, moi qui aime tant la ville, moi qui aime tant Paris, moi qui aime tant me perdre dans des quartiers qui me sont inconnuss, moi qui aime tant observer cette civilisation assis sur cet inusable fauteuil, moi qui aime tant être tous les soirs ébloui par le phare de la Tour Eiffel.

Et pourtant c’est bien moi qui rêve de m’allonger dans une gigantesque plaine verdoyante, perdue au fin fond de l’Asie. C’est bien moi qui rêve d’entendre le vent siffler dans mes oreilles et de sentir l’herbe me caresser le visage. C’est bien moi qui rêve d’air pur et d’immensité. C’est bien moi qui rêve de courir vers ce lac à l’horizon en sachant pertinemment que je ne l’atteindrai jamais C’est bien moi qui rêve de crier aussi fort que je le pourrai sans entendre rien d’autre que l’écho de ma propre voix.

C’est bien moi qui suis toujours devant cette feuille, désormais noircie, à écouter du Royksopp, parqué dans mon amas de béton, les yeux fixés sur la Tour Eiffel qui m’éblouit une fois de plus, une fois de trop.


A écouter :
  • Royksopp - What Else is There

Bounce



Stops de Nathan Fake me donne envie de prendre une balle entre les mains. Une des ces petites balles rebondissantes rouge, avec lesquelles on a tous joué étant enfants.
Stops me donne envie de grandir et de rajeunir, grandir pour me balader dans Paris tel un enfant au milieu de ses playmobils, rajeunir pour pouvoir y jouer.

Cette balle je la ferais rebondir entre les tours de la Défense, je la ferais rouler sur les champs Elysées, je la jetterais du haut de la Tour Eiffel, je la ferais slalomer au milieu du XIème, je la ferais tourner place de la bastille, je la lâcherais dans le métro à Gare de Lyon, je la récupérerais à Nation. Cette balle je la lancerais, je lui courrais après, je la rattraperais, et je la relancerais, encore, jusqu'à ce que je sois essoufflé, au point de ne plus pouvoir respirer. J'irais de Bercy à place de l'Etoile, de Belleville à Montmartre. Sans ne jamais rien casser, en évitant tous les obstacles avec agilité. Les touristes me regarderaient avec curiosité, les parisiens d'un air habitué.

Nathan Fake arrive à me faire rêver, il arrive à me faire retrouver l'imaginaire d'un enfant de cinq ans. Faire de la plus belle ville du monde son terrain de jeux, quoi de plus merveilleux ?


A écouter :
  • Nathan Fake - Stops

My Venus



Du haut du sixième étage de mon immeuble, j’ai une vue imprenable sur la banlieue parisienne. Assis sur mon large fauteuil, les jambes croisées et posées sur un tabouret, le casque sur les oreilles et le plateau sur les genoux, je regarde par la fenêtre de mon balcon cet immense amas de béton et ce soleil caché derrière quelques fins nuages.

Je pense à elle, et j’attends, mais qu’est-ce que j’attends au fait ? Qu’elle vienne à moi ? Que j’aille à elle ? Non surtout pas. J’attends de ne plus penser à rien d’autre qu’à elle pour mieux en rêver. Mon casque me laisse écouter Venus de Air pour la troisième fois de suite. Venus, déesse de la beauté. Venus le seul surnom que je pourrais sincèrement lui donner.

Entre temps je me suis brûlé deux fois, à cause de ce plat trop chaud. En attendant qu’il refroidisse je décide de changer de chanson, je lance Cherry Blossom Girl, à ce moment le ciel se découvre laissant place à un grand soleil qui brillera toute la journée, sans jamais qu’un nuage ne vienne le recouvrir.

Je fixe toujours ce bâtiment en face, je la regarde. Mes yeux ne se détournent pas de sa fenêtre, je veux connaître chaque détail de sa vie, juste pour savoir, juste pour la voir. Mais pourtant dans ce bâtiment elle n’y est pas, d’ailleurs il n’existe même pas. Il fait partie de ce rêve que je fais éveillé. Je n’arrive pas à penser à autre chose, je n’ai pas faim, j’ai à peine mangé la moitié de mon assiette.

Je rêve d’elle encore et encore. Je rêve de la rejoindre alors que la douce voix d’une femme raisonne dans mon casque et me fredonne la phrase « When you run » qui colle si bien à ma pensée…

Mon chat me saute sur les jambes, il me fait revenir à la réalité, ma montre affiche 13h20 et « Run » sonne encore doucement dans mes oreilles. « Stay with me, I feel sad, When you run » me chante encore cette voix, j’aimerais rester avec toi, j’aimerais rester dans ce rêve, je me sens triste de te quitter, mais je dois y aller, non sans te garder dans un coin de ma pensée.


A écouter :
  • Air - Venus