dimanche 13 juillet 2008

SMH

Elle était belle, dansait, en perdait l'esprit, elle me faisait perdre l'esprit. Une bière, une vodka, une autre bière, une troisième bière. Enfin, je suis bien, je peux lui parler, je peux l'aimer. Elle me regarde, ou plutôt je crois qu'elle me regarde, peut-être est-ce l'alcool, mais non, je suis persuadé qu'elle me regarde. Je souffle, je m'arrête de danser, je suis immobile au milieu de cette frénésie, je n'entends plus rien, je ne vois plus qu'elle. Sa tête se baisse, elle n'ouvre plus les yeux, elle danse, elle entre presque en transe, absorbée par le rythme, elle se laisse emporter, plus rien ne l'atteint, elle s'élève, elle nous survole, et elle danse, toujours.

Mon regard ne s'en détache pas, la musique se calme, ses mouvements ralentissent, puis le rythme s'accélère à nouveau, son âme fait un bon, elle vole, de plus en plus vite, je la vois passer au dessus de la scène, au dessus de moi, au dessus de lui, elle tourbillonne, virevolte, elle n'a plus rien d'humain, elle oublie tout, se détache et repart à nouveau, elle m'intrigue, sa tête bascule d'avant en arrière à un rythme effréné, son corps se courbe de plus en plus, son poing se lève, ça y est, elle est heureuse, enfin. Elle continue, une seconde de bonheur, deux secondes de bonheur, trois secondes de bonheur, on la bouscule, le rêve s'arrête, elle ouvre les yeux, se relève, son âme rejoint son corps. Pendant trois secondes, elle avait tout oublié, détachée, une jouissance qu'elle croyait impossible. Elle met quelques minutes à revenir parmi nous, parmi les Hommes, parmi ce monde. Désormais comme moi, immobile, son regard est vide, elle est perdue, elle souffre.

La musique continue, ni elle, ni moi ne l'entend, nos regards se croisent, ne se lâchent pas, elle comprend que je suis comme elle, perdu. Je noie ma peine dans cette soirée pleine d'un bonheur artificiel, comme elle je m'extirpe péniblement de la réalité. La musique continue d'animer ceux qui nous entourent, mais pour nous elle est déjà trop lointaine, elle a cessé de nous maintenir en vie, nous retournons vers une mort certaine, la mort de nos rêves, la mort de notre bonheur.