mardi 5 octobre 2010

Escale

Santiago. Le Chili, la nuit. Elle se plante face à moi, elle me regarde. J’avance, je reviens sur mes pas, j’angoisse. Je m’agrippe le crâne, je regarde le sol, les traces que j’y laisse. Tout est poussiéreux, tout mouvement laisse sa marque.

Sur le sol, sur mes chaussures, sur mes vêtements, chaque mouvement. J’interagis avec ce qui m’entoure, ce qui me submerge. Je tourne en rond, mes chaussures passent du noir au gris. Enfin je le crois, je le devine. La nuit est trop profonde, l’obscurité est trop intense. Une enseigne éclaire son visage, ses yeux noirs fixent désormais le vide. Elle semble partie, son âme a quitté son corps, elle s’élève. La mienne est toujours tiraillée entre la Terre et le Ciel. Le bonheur et l’angoisse ; L’angoisse et le bonheur. J’erre dans cet étrange purgatoire. J’erre… J’air.

Ca y est. Newton est mort. A mon tour je m’envole. A mon tour j’oublie, à mon tour j’admire le Chili.

Une route, la montagne, je les survole, j’atteins les sommets à une vitesse inouïe et replonge sur l’océan. Il me tend les bras, je me glisse dans le creux d’un rouleau et ressort entre les gratte-ciels. Je slalome dans la ville, je me faufile entre ses lumières. La plaine aride, déjà, prête à m’accueillir, j’atterris. Le contact de la Terre est cette fois naturel, gracieux. J’apprécie cet instant d’harmonie et peu à peu mes yeux se rouvrent. La poussière a gagné du terrain, après mes vêtements, c’est ma peau qui s’en imprègne. Mon angoisse retrouve son intensité, je cherche ses yeux pour me rassurer. Je ne les trouve pas, je ne la vois plus. L’enseigne est éteinte. Je la cherche. Dans la poussière, je creuse. Elle n’y est pas. Je l’appelle, je crie, elle ne me répond pas. J’implore. De l’angoisse à la peur, la nuit opaque m’engloutit.

Je suis assis, la tête enfouie dans mes genoux, je succombe.

Sa main sur mon visage, mon angoisse s’évapore. Je retrouve ses yeux, le contact de sa peau, je renais. Elle a simplement voyagé un peu plus loin, un peu plus longtemps, portée par cette irréalité qui la hante.

Mer Noire

Elle dansait, seule, sous la pluie, en plein milieu de la cour intérieure de la fac, elle dansait. Il était 4h du matin, 5h peut-être. La nuit était noire, la cour était sombre, seules quelques salles de classe venaient fendre de leur froide lumière cette profonde obscurité. Elle dansait encore et encore, sans jamais s’arrêter, sans même ralentir. Secouant ses cheveux, châtains le jour, noirs dans la pénombre. Noir, tout comme ses vêtements, tout comme ses yeux, tout comme son âme. A vrai dire, seule la peau blanche de son visage que l’on voit apparaître, puis disparaître au gré de ses mouvements frénétiques, se détache de cette silhouette aux contours flous.

La pluie continue de tomber, sur le plancher, sur les bancs, sur les plantes, sur elle. Ses cheveux, ses vêtements, son visage sont trempés. A chaque mouvement, des dizaines, des centaines, des milliers de gouttent semblent s’échapper d’elle, rejetées, chassées de son corps. La conquérir est un combat que le ciel mène avec ses propres armes, l’entreprise est honorable, mais vaine, la victoire ne peut être que temporaire.